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Claire d'Assise : demeurez les amies de vos âmes

Demeurez toujours les amies de Dieu, les amies de vos âmes et de toutes vos sœurs, et soyez toujours attentivement fidèles aux promesses que vous avez faites au Seigneur.

Cité in Mary Beth Ingham, Initiation à la pensée de Duns Scot, 2009, p. 147

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Jean de la Croix - Vive flamme d'amour (poème)

 

Original espagnol Très belle traduction ancienne du
p. Cyprien de la Nativité de la Vierge (1605-1680)
Traduction de
mère Marie du saint sacrement,
1990

¡Oh llama de amor viva,
que tiernamente hieres
de mi alma en el más profundo centro!
pues ya no eres esquiva,
acaba ya si quieres;
rompe la tela de este dulce encuentro.

¡Oh cauterio suave!
¡Oh regalada llaga!
¡Oh mano blanda! ¡Oh toque delicado,
que a vida eterna sabe1
y toda deuda paga!,
matando muerte en vida la has trocado.

¡Oh lámparas de fuego
en cuyos resplandores
las profundas cavernas del sentido
que estaba oscuro y ciego
con extraños primores
calor y luz dan junto a su querido!

¡Cuán manso y amoroso
recuerdas en mi seno
donde secretamente solo moras
y en tu aspirar sabroso
de bien y gloria lleno
cuán delicadamente me enamoras!

O flamme vive d'amour
Qui navres avec tendresse
De mon âme le centre le plus secret,
N'ayant plus nulle rigueur, 
Achève si tu le veux, 
Brise la toile de ce rencontre heureux.

O cautère délectable, 
O caressante blessure, 
O flatteuse main, ô touche délicate
Qui sens la vie éternelle
Et qui payes toute dette,
En tuant, de la mort tu as fait la vie.

O flambeaux de feu, ô vous
Dans les splendeurs éclatantes
De qui, les profondes cavernes du sens
Obscur jadis et aveugle,
En d'étranges excellences
Chaleur et lumière donnent à l'Ami.

Combien doux et amoureux
T'éveilles-tu dans mon sein
Où dans le secret tu fais seul ton séjour.
En ton souffle savoureux
Riche de gloire et de bien
Combien délicatement tu m'énamoures !

O flamme d'amour, vive flamme,
Qui me blesses si tendrement
Au plus profond centre de l’âme !
Tu n'es plus amère à présent,
Achève donc, si tu le veux ;
Romps enfin le tissu de cet assaut si doux !

O cautère vraiment suave !
O plaie toute délicieuse !
O douce main ! touche légère,
Qui a le goût d'éternité.
Par toi toute dette est payée !
Tu me donnes la mort : en vie elle est changée.

O lampes de feu très ardent,
Au sein de vos vives splendeurs
Mon sens avec ses profondeurs.
Auparavant aveugle et sombre,
En singulière excellence
Donne à la fois chaleur, lumière au Bien-Aimé !

Et combien doux et combien tendre
Tu te réveilles dans mon sein,
Où seul en secret tu demeures !
Par ta douce spiration.
Pleine de richesse et de gloire.
Combien suavement tu m'enivres d'amour.

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1. Litt. : "qui de la vie éternelle a le goût".

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Joseph Ratzinger - L'amitié avec le Christ nous ouvre à tout ce qui est bon et nous donne le critère permettant de discerner entre le vrai et le faux, entre imposture et vérité

En quoi consiste le fait d'être des enfants dans la foi ? Saint Paul répond : "Ainsi nous ne serons plus des enfants, nous ne nous laisserons plus ballotter et emporter à tout vent de la doctrine" (Ep 4, 14). Une description très actuelle !

Combien de vents de la doctrine avons-nous connus au cours des dernières décennies, combien de courants idéologiques, combien de modes de la pensée... La petite barque de la pensée de nombreux chrétiens a été souvent ballottée par ces vagues - jetée d'un extrême à l'autre : du marxisme au libéralisme, jusqu'au libertinisme ; du collectivisme à l'individualisme radical ; de l'athéisme à un vague mysticisme religieux ; de l'agnosticisme au syncrétisme et ainsi de suite. Chaque jour naissent de nouvelles sectes et se réalise ce que dit saint Paul à propos de l'imposture des hommes, de l'astuce qui tend à les induire en erreur (cf. Ep 4, 14). Posséder une foi claire, selon le Credo de l'Eglise, est souvent défini comme du fondamentalisme. Tandis que le relativisme, c'est-à-dire se laisser entraîner "à tout vent de la doctrine", apparaît comme l'unique attitude à la hauteur de l'époque actuelle. L'on est en train de mettre sur pied une dictature du relativisme qui ne reconnaît rien comme définitif et qui donne comme mesure ultime uniquement son propre ego et ses désirs.

Nous possédons, en revanche, une autre mesure : le Fils de Dieu, l'homme véritable. C'est lui la mesure du véritable humanisme. Une foi "adulte" ne suit pas les courants de la mode et des dernières nouveautés ; une foi adulte et mûre est une foi profondément enracinée dans l'amitié avec le Christ. C'est cette amitié qui nous ouvre à tout ce qui est bon et qui nous donne le critère permettant de discerner entre le vrai et le faux, entre imposture et vérité. Cette foi adulte doit mûrir en nous, c'est vers cette foi que nous devons guider le troupeau du Christ. Et c'est cette foi, - cette foi seule - qui crée l'unité et qui se réalise dans la charité. Saint Paul nous offre à ce propos - en contraste avec les tribulations incessantes de ceux qui sont comme des enfants ballotés par les flots - une belle parole : faire la vérité dans la charité, comme formule fondamentale de l'existence chrétienne. Dans le Christ, vérité et charité se retrouvent. Dans la mesure où nous nous rapprochons du Christ, la vérité et la charité se confondent aussi dans notre vie. La charité sans vérité serait aveugle ; la vérité sans charité serait comme "cymbale qui retentit" (1 Co 13, 1).

(Extrait de l'homélie de la messe pour l'élection du pontife romain, 18 avril 2005 : https://www.vatican.va/gpII/documents/homily-pro-eligendo-pontifice_20050418_fr.html)


1. -- D'où l'importance del a vie contemplative dans l'Eglise.

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Joseph Ratzinger - Le vrai problème de l'humanité : Dieu disparaît de l'horizon des hommes

  • A l'extérieur comme à l'intérieur de l'Eglise

La première priorité pour le Successeur de Pierre a été fixée sans équivoque par le Seigneur au Cénacle : « Toi… affermis tes frères » (Lc 22, 32). Pierre lui-même a formulé de façon nouvelle cette priorité dans sa première Lettre : « Vous devez toujours être prêts à vous expliquer devant tous ceux qui vous demandent de rendre compte de l’espérance qui est en vous » (1 P 3, 15). À notre époque où dans de vastes régions de la terre la foi risque de s’éteindre comme une flamme qui ne trouve plus à s’alimenter, la priorité qui prédomine est de rendre Dieu présent dans ce monde et d’ouvrir aux hommes l’accès à Dieu. Non pas à un dieu quelconque, mais à ce Dieu qui a parlé sur le Sinaï ; à ce Dieu dont nous reconnaissons le visage dans l’amour poussé jusqu’au bout (cf. Jn 13, 1) – en Jésus Christ crucifié et ressuscité. En ce moment de notre histoire, le vrai problème est que Dieu disparaît de l’horizon des hommes et que tandis que s’éteint la lumière provenant de Dieu, l’humanité manque d’orientation, et les effets destructeurs s’en manifestent toujours plus en son sein.

Conduire les hommes vers Dieu, vers le Dieu qui parle dans la Bible: c’est la priorité suprême et fondamentale de l’Église et du Successeur de Pierre aujourd’hui. (...)

Durant les jours où il m’est venu à l’esprit d’écrire cette lettre, (...) j’ai dû interpréter et commenter le passage de Ga 5, 13-15. 

"Que cette liberté ne soit pas un prétexte pour satisfaire votre égoïsme; au contraire mettez-vous, par amour, au service les uns des autres. Car toute la Loi atteint sa perfection dans un seul commandement, et le voici : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde : vous allez vous détruire les uns les autres !

J’ai toujours été porté à considérer cette phrase comme une des exagérations rhétoriques qui parfois se trouvent chez saint Paul. Sous certains aspects, il peut en être ainsi. Mais malheureusement ce "mordre et dévorer" existe aussi aujourd’hui dans l’Église comme expression d’une liberté mal interprétée. Est-ce une surprise que nous aussi nous ne soyons pas meilleurs que les Galates ? Que tout au moins nous soyons menacés par les mêmes tentations ? Que nous devions toujours apprendre de nouveau le juste usage de la liberté ? Et que toujours de nouveau nous devions apprendre la priorité suprême : l’amour ? Le jour où j’en ai parlé au grand Séminaire, à Rome, on célébrait la fête de la Vierge de la Confiance. De fait : Marie nous enseigne la confiance. Elle nous conduit à son Fils, auquel nous pouvons tous nous fier. Il nous guidera – même en des temps agités. Je voudrais ainsi remercier de tout cœur tous ces nombreux Évêques, qui en cette période m’ont donné des signes émouvants de confiance et d’affection et surtout m’ont assuré de leur prière. Ce remerciement vaut aussi pour tous les fidèles qui ces jours-ci m’ont donné un témoignage de leur fidélité immuable envers le Successeur de saint Pierre. Que le Seigneur nous protège tous et nous conduise sur le chemin de la paix ! C’est un souhait qui jaillit spontanément du cœur en ce début du Carême, qui est un temps liturgique particulièrement favorable à la purification intérieure et qui nous invite tous à regarder avec une espérance renouvelée vers l’objectif lumineux de Pâques.

(En 2009 : https://www.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/letters/2009/documents/hf_ben-xvi_let_20090310_remissione-scomunica.html)

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Saint Augustin - La joie de la vérité

Les Confessions

33. Il n’est donc pas certain que tous veuillent être heureux, puisque ceux qui ne veulent pas se réjouir de toi, et c’est la seule vie heureuse qui soit, ne veulent pas vraiment la vie heureuse. Ou peut-être le veulent-ils tous, mais, parce que la chair convoite en sens inverse de l’esprit et l’esprit en sens inverse de la chair, en sorte qu’ils ne font pas ce qu’ils veulent ils retombent dans ce qu’ils peuvent et s’en contentent, car ce qu’ils ne peuvent pas, ils ne le veulent pas autant qu’il faut pour le pouvoir.

En effet, je leur demande à tous s’ils préfèrent se réjouir de la vérité plutôt que du mensonge. Ils n’hésitent pas plus à dire leur préférence pour la vérité, qu’ils n’hésitent à dire leur volonté d’être heureux.

C’est que la vie heureuse est la joie née de la vérité ? ; car c’est la joie née de toi, qui es la vérité, Dieu, ma lumière, le salut de ma face, mon Dieu ! Cette vie heureuse, tout le monde la veut ; cette vie qui seule est heureuse, tout le monde la veut ; la joie de la vérité, tout le monde la veut.

J’ai connu bien des gens qui voulaient tromper ; mais être trompé, personne. Où donc ont-ils pris connaissance de cette vie heureuse, sinon là même où ils ont pris con- naissance de la vérité ? Car ils aiment aussi la vérité elle-même, puisqu’ils ne veulent pas être trompés ; et, lorsqu’ils aiment la vie heureuse qui n’est pas autre chose que la joie de la vérité, ils aiment évidemment aussi la vérité ; et ils ne l’aimeraient pas, s’ils n’avaient d’elle quelque notion dans leur mémoire. Pourquoi donc ne se réjouissent-ils pas en elle ?

Pourquoi ne sont-ils pas heureux ? C’est que d’autres choses les accaparent plus fortement et les rendent plus mal- heureux que ne les rend heureux le faible souvenir de la vérité. Il y a encore, en effet, un peu de lumière sur les hommes ; qu’ils marchent, qu’ils marchent de peur que les ténèbres ne les saisissent.

23. 33. Non ergo certum est, quod omnes esse beati volunt, quoniam qui non de te gaudere volunt, quae sola vita beata est, non utique beatam vitam volunt. An omnes hoc volunt, sed quoniam caro concupiscit adversus spiritum et spiritus adversus carnem, ut non faciant quod volunt 61, cadunt in id quod valent eoque contenti sunt, quia illud, quod non valent, non tantum volunt, quantum sat est, ut valeant?

Nam quaero ab omnibus, utrum malint de veritate quam de falsitate gaudere; tam non dubitant dicere de veritate se malle, quam non dubitant dicere beatos esse se velle.

Beata quippe vita est gaudium de veritate. Hoc est enim gaudium de te, qui Veritas es 62, Deus, illuminatio mea 63, salus faciei meae, Deus meus 64. Hanc vitam beatam omnes volunt, hanc vitam, quae sola beata est, omnes volunt, gaudium de veritate omnes volunt.

Multos expertus sum, qui vellent fallere, qui autem falli, neminem. Ubi ergo noverunt hanc vitam beatam, nisi ubi noverunt etiam veritatem? Amant enim et ipsam, quia falli nolunt, et cum amant beatam vitam, quod non est aliud quam de veritate gaudium, utique amant etiam veritatem nec amarent, nisi esset aliqua notitia eius in memoria eorum. Cur ergo non de illa gaudent?

Cur non beati sunt? Quia fortius occupantur in aliis, quae potius eos faciunt miseros quam illud beatos, quod tenuiter meminerunt. Adhuc enim modicum lumen est in hominibus; ambulent, ambulent, ne tenebrae comprehendant 65.

 

34. Mais pourquoi la vérité enfante-t-elle la haine, et l’homme qui est tien devient-il un ennemi pour eux en prêchant la vérité, puisqu’on aime la vie heureuse qui n’est autre chose que la joie de la vérité ? Pourquoi ? sinon parce qu’on aime la vérité de telle façon que ceux qui aiment autre chose veulent que ce qu’ils aiment soit la vérité ; aussi, parce qu’ils n’admettraient pas de se tromper, ils n’admettent pas d’être convaincus qu’ils se sont trompés.

C’est ainsi qu’ils haïssent la vérité à cause de cette autre chose qu’ils prennent pour la vérité et qu’ils aiment. Ils aiment la vérité quand elle brille, ils la hais- sent quand elle accuse ; car, ne voulant pas être trompés et voulant tromper, ils l’aiment quand elle se signale, elle, et la haïssent quand elle les signale, eux. Voici comment elle les rétribuera : ils ne veulent pas qu’elle les dévoile, elle les dévoilera sans qu’ils le veuillent, et elle-même pour eux restera voilée.

Voilà, voilà, oui voilà l’esprit humain ! Oui le voilà, aveugle et sans vigueur, honteux et sans honneur, qui veut rester caché mais ne veut pas que rien lui reste caché ! Il est payé à rebours : lui-même ne reste pas... caché à la vérité, mais à lui la vérité reste cachée.

Pourtant, tel que le voilà, misérable comme il est, il aime mieux trouver sa joie dans le vrai que dans le faux. Il sera donc heureux lorsque, tout embarras cessant, celle-là même par qui tout est vrai, la seule vérité, fera sa joie.

23. 34. Cur autem veritas parit odium 66, et inimicus eis factus est homo tuus verum praedicans 67, cum ametur beata vita, quae non est nisi gaudium de veritate, nisi quia sic amatur veritas, ut, quicumque aliud amant, hoc quod amant velint esse veritatem, et quia falli nollent, nolunt convinci, quod falsi sint?

Itaque propter eam rem oderunt veritatem, quam pro veritate amant. Amant eam lucentem, oderunt eam redarguentem 68. Quia enim falli nolunt et fallere volunt, amant eam, cum se ipsa indicat, et oderunt eam, cum eos ipsos indicat. Inde retribuet eis, ut, qui se ab ea manifestari nolunt, et eos nolentes manifestet et eis ipsa non sit manifesta.

Sic, sic, etiam sic animus humanus, etiam sic caecus et languidus, turpis atque indecens latere vult, se autem ut lateat aliquid non vult. Contra illi redditur, ut ipse non lateat veritatem, ipsum autem veritas lateat.

Tamen etiam sic, dum miser est, veris mavult gaudere quam falsis. Beatus ergo erit, si nulla interpellante molestia de ipsa, per quam vera sunt omnia, sola veritate gaudebit.

 

La cité de Dieu, XIX, 19 (trad. Gemini revue)

Or, de ces trois genres de vie — la vie de loisir, la vie active, et celle composée des deux — bien que chacun puisse, la foi étant sauve, mener sa vie dans n’importe lequel d’entre eux et parvenir aux récompenses éternelles, il importe cependant de savoir ce que l'on possède par amour de la vérité, et ce que l'on dépense par devoir de charité.

Personne ne doit se livrer au loisir au point de ne pas songer, dans ce loisir même, à l'utilité du prochain ; ni actif au point de ne pas requérir la contemplation de Dieu. Dans le loisir, ce n'est pas une vacance désoeuvrée (iners) qui doit délecter, mais soit la recherche, soit la découverte de la vérité, afin que chacun y progresse et n'envie pas à autrui ce qu'il aura trouvé. Dans l'action, en revanche, ce n'est pas l'honneur dans cette vie ou la puissance qu'il faut aimer — car tout est vanité sous le soleil — mais l'œuvre elle-même, qui s'accomplit par ce même honneur ou cette puissance, si elle se fait avec droiture et utilité, c'est-à-dire pour qu'elle soit valable pour ce salut des subordonnés qui est selon Dieu, sujet dont nous avons déjà disputé plus haut.

C'est pourquoi l'Apôtre dit : « Celui qui désire l'épiscopat, désire une œuvre bonne ». Il a voulu exposer ce qu'est l'épiscopat, car c'est le nom d'une œuvre, non d'un honneur. C'est en effet un terme grec, tiré de ce que celui qui est préposé à d'autres « sur-intend » (superintendit) à ceux auxquels il est préposé, en gérant, s'entend, leur soin ; skopos en effet signifie « attention » ; par conséquent, si nous le voulons, nous pouvons dire en latin « sur-intendre », afin que l'on comprenne qu'il n'est pas évêque, celui qui aura aimé présider (praeesse) plutôt que de profiter (prodesse) aux autres.

Ainsi, nul n'est interdit de l'étude de la vérité à connaître, ce qui appartient au loisir louable ; mais la place supérieure, sans laquelle le peuple ne peut être régi — même si elle est tenue et administrée comme il convient — [ne saurait être] désirée de manière indécente.

C'est pourquoi le saint loisir est cherché par amour (caritas) de la vérité ; l'occupation (negotium) juste est assumée par la nécessité de la charité. Si personne n'impose ce fardeau, il faut vaquer à rechercher (percipiendae) et à contempler (intuendae) la vérité ; si en revanche il est imposé, il doit être reçu à cause de la nécessité de la charité ; mais même ainsi, la délectation de la vérité ne doit en aucune manière être désertée, de peur que ne soit soustraite cette douceur (suavitas) et que ne nous opprime (opprimat) cette nécessité [de la charité].

 Ex tribus vero illis vitae generibus, otioso, actuoso et ex utroque composito, quamvis salva fide quisque possit in quolibet eorum vitam ducere et ad sempiterna praemia pervenire, interest tamen quid amore teneat veritatis, quid officio caritatis impendat.

Nec sic esse quisque debet otiosus, ut in eodem otio utilitatem non cogitet proximi, nec sic actuosus, ut contemplationem non requirat Dei. In otio non iners vacatio delectare debet, sed aut inquisitio aut inventio veritatis, ut in ea quisque proficiat et quod invenerit ne alteri invideat. In actione vero non amandus est honor in hac vita sive potentia, quoniam omnia vana sub sole 54, sed opus ipsum, quod per eumdem honorem vel potentiam fit, si recte atque utiliter fit, id est, ut valeat ad eam salutem subditorum, quae secundum Deum est; unde iam superius disputavimus 55.

Propter quod ait Apostolus: Qui episcopatum desiderat, bonum opus desiderat 56. Exponere voluit quid sit episcopatus, quia nomen est operis, non honoris. Graecum est enim atque inde ductum vocabulum, quod ille qui praeficitur eis quibus praeficitur superintendit, curam scilicet eorum gerens; skopos quippe "intentio" est; ergo , si velimus, Latine "superintendere" possumus dicere, ut intellegat non se esse episcopum, qui praeesse dilexerit, non prodesse.

Itaque ab studio cognoscendae veritatis nemo prohibetur, quod ad laudabile pertinet otium; locus vero superior, sine quo regi populus non potest, etsi ita teneatur atque administretur ut decet, tamen indecenter appetitur.

Quamobrem otium sanctum quaerit caritas veritatis; negotium iustum suscipit necessitas caritatis. Quam sarcinam si nullus imponit, percipiendae atque intuendae vacandum est veritati; si autem imponitur, suscipienda est propter caritatis necessitatem; sed nec sic omni modo veritatis delectatio deserenda est, ne subtrahatur illa suavitas et opprimat ista necessitas.


Trad. grand public du dernier paragraphe :

Ainsi, l’amour de la vérité conduit à un saint loisir, tandis que la charité, par nécessité, engage dans l’action. Si personne n’impose cette charge, il faut se consacrer à connaître et à contempler la vérité ; mais si elle est imposée, il faut l’accepter par exigence de la charité. Toutefois, même alors, il ne faut jamais abandonner entièrement la joie de la vérité, de peur de perdre cette douceur et d’être accablé par le poids des obligations.

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