ARTICLE A TERMINER : Passages sur Dieu et sa relation avec les hommes
| Celui qui exerce son intelligence (ὁ δὲ κατὰ νοῦν ἐνεργῶν) et qui en prend soin (θεραπεύων) semble être dans l’état le meilleur, et très aimé de Dieu (θεοφιλέστατος). Si en effet les dieux (θεῶν) prennent quelque souci des affaires humaines, comme on l’estime, il sera également raisonnable de penser qu’ils se réjouissent de ce qui est le meilleur et présente le plus d’affinité (συγγενεστάτῳ) avec eux (ce ne saurait être que le νοῦς), et qu’ils récompensent à leur tour ceux qui chérissent (ἀγαπῶντας) et honorent (τιμῶντας) au plus haut point cela, comme ceux qui ont le souci des choses qui leur sont chères à eux-mêmes (ὡς τῶν φίλων αὐτοῖς) et agissent avec droiture et noblesse. Or tout cela appartient au plus haut point au sage, cela n’est pas douteux. Il est donc l’homme le plus aimé de Dieu (θεοφιλέστατος). Et ce même homme est aussi, semble-t-il, le plus heureux. Par conséquent, de cette façon encore, le sage sera heureux au plus haut point. (Aristote, Éthique à Nicomaque, IX, 9, 1179 a 23-33.) | ὁ δὲ κατὰ νοῦν ἐνεργῶν καὶ τοῦτον θεραπεύων καὶ διακείμενος ἄριστα καὶ θεοφιλέστατος ἔοικεν. εἰ γάρ τις ἐπιμέλεια τῶν ἀνθρωπίνων ὑπὸ θεῶν γίνεται, ὥσπερ δοκεῖ, καὶ εἴη ἂν εὔλογον χαίρειν τε αὐτοὺς τῷ ἀρίστῳ καὶ συγγενεστάτῳ (τοῦτο δ᾽ ἂν εἴη ὁ νοῦς) καὶ τοὺς ἀγαπῶντας μάλιστα τοῦτο καὶ τιμῶντας ἀντευποιεῖν ὡς τῶν φίλων αὐτοῖς ἐπιμελουμένους καὶ ὀρθῶς τε καὶ καλῶς πράττοντας. ὅτι δὲ πάντα ταῦτα τῷ σοφῷ μάλισθ᾽ ὑπάρχει, οὐκ ἄδηλον. θεοφιλέστατος ἄρα. τὸν αὐτὸν δ᾽ εἰκὸς καὶ εὐδαιμονέστατον: ὥστε κἂν οὕτως εἴη ὁ σοφὸς μάλιστ᾽ εὐδαίμων. |
| Autre chose : dans ces relations il n'existe pas d’amour en retour (ἀντιφιλεῖσθαι) ou [s'il existe], ce n'est pas de la même manière (οὐχ ὁμοίως). Il serait ridicule en effet de reprocher au Dieu (τῷ θεῷ) de ne pas aimer en retour comme il est aimé (ὡς φιλεῖται), [ridicule] pour le gouverné [de faire ce reproche] à qui le gouverne. En effet, il appartient à celui qui gouverne d'être aimé et non d'aimer – ou alors il lui appartient d'aimer d'une autre façon (ἄλλον τρόπον). (id., Éthique à Eudème, 1238b 27-30). | ἐν ταύταις δὲ ἢ οὐκ ἔνεστιν ἢ οὐχ ὁμοίως τὸ ἀντιφιλεῖσθαι. γελοῖον γάρ, εἴ τις ἐγκαλοίη τῷ θεῷ, ὅτι οὐχ ὁμοίως τὸ ἀντιφιλεῖσθαι ὡς φιλεῖται, ἢ τῷ ἄρχοντι καὶ ἀρχομένῳ. φιλεῖσθαι γάρ, οὐ φιλεῖν, τοῦ ἄρχοντος, ἢ φιλεῖν ἄλλον τρόπον. |
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Si donc il existe quelque autre don des dieux (θεῶν δώρημα) fait aux hommes, il est conforme à un bon raisonnement (εὔλογον) de tenir aussi le bonheur pour un don divin (θεόσδοτον, litt. : don de Dieu), et cela surtout parmi les biens humains, dans la mesure où il est le meilleur. (Éthique à Nicomaque, I, 1, 1099 b 13, p. 79). |
εἰ μὲν οὖν καὶ ἄλλο τί ἐστι θεῶν δώρημα ἀνθρώποις, εὔλογον καὶ τὴν εὐδαιμονίαν θεόσδοτον εἶναι, καὶ μάλιστα τῶν ἀνθρωπίνων ὅσῳ βέλτιστον |
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La communauté du père avec ses fils a, en effet, la figure (σχῆμα) de la royauté : car le père a souci (μέλει) de ses enfants ; c’est aussi de là qu’Homère appelle Zeus « père » ; car la royauté se veut être une autorité (ἀρχὴ) paternelle. (Éthique à Nicomaque, VIII, 12, 1160 b 24-27, p. 437). |
ἡ μὲν γὰρ πατρὸς πρὸς υἱεῖς κοινωνία βασιλείας ἔχει σχῆμα: τῶν τέκνων γὰρ τῷ πατρὶ μέλει: ἐντεῦθεν δὲ καὶ Ὅμηρος τὸν Δία πατέρα προσαγορεύει: πατρικὴ γὰρ ἀρχὴ βούλεται ἡ βασιλεία εἶναι. |
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Quant à l'autorité que l'on a sur ses enfants, elle est royale. Car le géniteur voit son autorité fondée sur l'affection (φιλίαν) et l'âge, ce qui est spécifique (εἶδος) de l'autorité royale. C'est pourquoi Homère a bien nommé Zeus « père des hommes et des dieux (πατὴρ ἀνδρῶν τε θεῶν τε) », lui qui est leur roi à tous. C'est, en effet, par nature (φύσει) que le roi doit différer (διαφέρειν) [de ses sujets], tout en étant de la même souche (τῷ γένει δ᾽ εἶναι τὸν αὐτόν). Or telle est justement la relation du plus âgé au plus jeune et du géniteur à l'enfant. (Politiques, 1259b 10-17, Trad. Pellegrin, légèrement corrigée). |
ἡ δὲ τῶν τέκνων ἀρχὴ βασιλική: τὸ γὰρ γεννῆσαν καὶ κατὰ φιλίαν ἄρχον καὶ κατὰ πρεσβείαν ἐστίν, ὅπερ ἐστὶ βασιλικῆς εἶδος ἀρχῆς. διὸ καλῶς Ὅμηρος τὸν Δία προσηγόρευσεν εἰπὼν “πατὴρ ἀνδρῶν τε θεῶν τε” (Hom. Il. 1.544) τὸν βασιλέα τούτων ἁπάντων. φύσει γὰρ [15] τὸν βασιλέα διαφέρειν μὲν δεῖ, τῷ γένει δ᾽ εἶναι τὸν αὐτόν: ὅπερ πέπονθε τὸ πρεσβύτερον πρὸς τὸ νεώτερον καὶ ὁ γεννήσας πρὸς τὸ τέκνον. |