Le plaisir achève (τελειοῖ) l'acte (τὴν ἐνέργειαν), non pas comme l'habitus (ἡ ἕξις) qui y est immanent, mais comme une certaine fin (τι τέλος) qui se produit à la suite (ἐπιγινόμενόν), comme, l'éclat (ἡ ὥρα) extérieur pour ceux qui atteignent la pleine vigueur de l'âge physique (τοῖς ἀκμαίοις).
(Aristote, Éthique à Nicomaque, X, 4, 1174 b 31-33
Celui qui exerce son intelligence (ὁ δὲ κατὰ νοῦν ἐνεργῶν) et qui en prend soin (θεραπεύων) semble être dans l’état le meilleur, et très aimé de Dieu (θεοφιλέστατος). Si en effet les dieux (θεῶν) prennent quelque souci des affaires humaines, comme on l’estime, il sera également raisonnable de penser qu’ils se réjouissent de ce qui est le meilleur et présente le plus d’affinité (συγγενεστάτῳ) avec eux (ce ne saurait être que le νοῦς), et qu’ils récompensent à leur tour ceux qui chérissent (ἀγαπῶντας) et honorent (τιμῶντας) au plus haut point cela, comme ceux qui ont le souci des choses qui leur sont chères à eux-mêmes (ὡς τῶν φίλων αὐτοῖς) et agissent avec droiture et noblesse. Or tout cela appartient au plus haut point au sage, cela n’est pas douteux. Il est donc l’homme le plus aimé de Dieu (θεοφιλέστατος). Et ce même homme est aussi, semble-t-il, le plus heureux. Par conséquent, de cette façon encore, le sage sera heureux au plus haut point. (Aristote, Éthique à Nicomaque, IX, 9, 1179 a 23-33.)
Autre chose : dans ces relations il n'existe pas d’amour en retour (ἀντιφιλεῖσθαι) ou [s'il existe], ce n'est pas de la même manière (οὐχ ὁμοίως). Il serait ridicule en effet de reprocher au Dieu (τῷ θεῷ) de ne pas aimer en retour comme il est aimé (ὡς φιλεῖται), [ridicule] pour le gouverné [de faire ce reproche] à qui le gouverne. En effet, il appartient à celui qui gouverne d'être aimé et non d'aimer – ou alors il lui appartient d'aimer d'une autre façon (ἄλλον τρόπον). (id.,Éthique à Eudème, 1238b 27-30).
Si donc il existe quelque autre don des dieux (θεῶν δώρημα) fait aux hommes, il est conforme à un bon raisonnement (εὔλογον) de tenir aussi le bonheur pour un don divin (θεόσδοτον, litt. : don de Dieu), et cela surtout parmi les biens humains, dans la mesure où il est le meilleur. (Éthique à Nicomaque, I, 1, 1099 b 13, p. 79).
La communauté du père avec ses fils a, en effet, la figure (σχῆμα) de la royauté : car le père a souci (μέλει) de ses enfants ; c’est aussi de là qu’Homère appelle Zeus « père » ; car la royauté se veut être une autorité (ἀρχὴ) paternelle. (Éthique à Nicomaque, VIII, 12, 1160 b 24-27, p. 437).
Quant à l'autorité que l'on a sur ses enfants, elle est royale. Car le géniteur voit son autorité fondée sur l'affection (φιλίαν) et l'âge, ce qui est spécifique (εἶδος) de l'autorité royale. C'est pourquoi Homère a bien nommé Zeus
« père des hommes et des dieux (πατὴρ ἀνδρῶν τε θεῶν τε) »,
lui qui est leur roi à tous. C'est, en effet, par nature (φύσει) que le roi doit différer (διαφέρειν) [de ses sujets], tout en étant de la même souche (τῷ γένει δ᾽ εἶναι τὸν αὐτόν). Or telle est justement la relation du plus âgé au plus jeune et du géniteur à l'enfant. (Politiques, 1259b 10-17, Trad. Pellegrin, légèrement corrigée).
Mais s'il existe un individu ou un groupe de plusieurs individus, mais en nombre insuffisant pour fournir l'effectif complet d'une cité, qui possèdent une vertu à ce point supérieure qu'elle soit sans commune mesure avec la vertu de tous les autres réunis, et que la capacité politique de ceux-ci ne puisse être comparée à celle de ceux-là, s'ils sont plusieurs, ou de celui-là, s'il s'agit d'un seul individu, alors il ne faut plus considérer de tels gens comme une partie d'une cité. Car on serait injuste à leur égard en les considérant comme égaux aux autres tant ils sont inégaux [10] par la vertu et la capacité politique ; car un tel homme est sans doute comme un dieu parmi des hommes. D'où il appert aussi que la législation ne concerne nécessairement que les égaux à la fois par la naissance et la capacité, mais pour des gens comme ceux dont on vient de parler, il n'y a pas de loi, car ils sont eux-mêmes une loi (Politiques, 1284 a 4).
Il n’est personne pour démontrer que la santé est un bien – à moins d’être un sophiste et non pas un médecin (car ces gens-là construisent leurs sophismes avec des arguments étrangers au sujet) ; de même qu’aucun autre principe ne se démontre. (Ethique à Eudème, I, 8, 1218b 23)
La plupart des hommes (οἱ πολλοὶ) politiques ne mérite pas vraiment cette appellation (οὐκ ἀληθῶς τυγχάνουσι τῆς προσηγορίας), car ils ne sont pas des politiques selon le vrai (κατὰ τὴν ἀλήθειαν) : le politique est celui qui choisit les belles (τῶν καλῶν) actions pour elles-mêmes alors que la plupart des hommes choisissent cette vie pour l'argent et le profit. (Ethique à Eudème, I, 5, 1216a 22)
"L'amitié d'ailleurs est un secours aux jeunes gens, pour les préserver de l'erreur ; aux vieillards, pour leur assurer des soins et suppléer à leur manque d'activité dû à la faiblesse ; à ceux enfin qui sont dans la fleur de l'âge (ἐν ἀκμῇ), pour les inciter aux nobles belles actions (τὰς καλὰς πράξεις) : "Quand deux vont de compagnie..." (Homère), car on est alors plus capable à la fois de penser (νοῆσαι) et d'agir (πρᾶξαι)." (Ethique à Nicomaque, VIII, 1, 1155a, Ed. Tricot, p. 382)
"On pense encore qu'un plaisir doit être mêlé au bonheur, or parmi les activités selon la vertu, celle qui est la plus source de plaisir, unanimement (ὁμολογουμένως), c'est l'activité selon la sagesse." (Ethique à Nicomaque, X, 7, 1177a 20, Traduction originale)
"Nous pensons encore que du plaisir doit être mélangé au bonheur ; or l'activité selon la sagesse est, tout le monde le reconnaît, la plus plaisante des activités conformes à la vertu." (Ethique à Nicomaque, X, 7, 1177a 20, Traduction Jule Tricot)
Le mot ὁμολογουμένως (homo-logoumenôs) est très frappant, plus littéralement on pourrait traduire :
sur ce sujet : "même parole", ou "même avis" ou mieux encore "tout le monde le dit"
"on admet que la philosophie renferme de merveilleux plaisirs sous le rapport de la pureté et de la stabilité..." , le "on admet" traduit le mot δοκεῖ (dokei) qui marque l'opinion généralement admise, la doxa. Cela semble montrer qu'à cette époque la sagesse était généralement considérée comme l'une des meilleures activités à laquelle on pouvait s'adonner.